La dauphine Pointe noire des Embiez
La delphine “Pointe noire”. Extraits du livre:

(traduit de l ‘Allemand):”Botschaft der Delfine”
de Eric Demay
 
 
 Le mystère des Embiez

Après un épisode de ma vie passé en Polynésie, je me retrouvais rapidement plongé de
Nouveau dans les eaux froides méditerranéennes. C’était sur l’île des Embiez, prés du Toulon
qu’il m’arrivait une des histoires les plus merveilleuses avec un dauphin.
L 'histoire commençait comme souvent, par un simple coup de téléphone…

Vendredi 29 Septembre 2000

Depuis quelques jours, je recevais plusieurs coups de fils m'annonçant
la présence de dauphins dans le port d'une île en Méditerranée française.
Les informations étaient assez floues, les journaux de télévision parlaient
de 7 dauphins coincés dans le port de l'île des Embiez dans le Var.
Alors que je préparais mon départ en direction de l'Espagne afin de
rencontrer un Tursiops qui visitait les baigneurs de la côte Atlantique
depuis plusieurs mois, je rentrais en contact avec l'institut océanographique
Paul Ricard dont les locaux se situaient sur l'île même.
La seule solution pour reconnaître les sexes de chaque individus était d'aller
dans l'eau, de les approcher suffisamment prés et d'espérer leur collaboration
dans cette démarche. Si la visibilité était trop mauvaise et si les animaux
ne participaient pas, la vidéo pouvait m’aider; les arrêts sur
image du système numérique étaient à mon avis les seuls soutiens efficace à
cette recherche. Bien entendu, la capture de dauphins pouvait faciliter
toutes les études possibles mais je n 'approuvais pas cette idée.
L'institut par le biais de son responsable scientifique Patrick Lelong
m'ouvrait ses portes et me donnait une autorisation exceptionnelle pour
aller dans l'eau avec les dauphins. La baignade était déjà interdite avec
les cétacés ainsi que l'interdiction de les nourrir. Le premier jour de la
présence des dauphins dans le port, baigneurs, jet -skis, kayaks et autres
bateaux poursuivaient les animaux dans la plus grande confusion. De plus,
il est formellement interdit de se baigner dans les ports des côtes françaises;
heureusement pour les dauphins qui devaient déjà sombrer doucement dans une
certaine panique. Le temps nécessaire pour préparer une partie de mon matériel
(combinaison, palmes, caisson étanche vidéo, caméras, micros et j'en passe)
et me voilà parti pour 5 heures de route.

Samedi 30 Septembre 2000:

Un bateau partait du "continent" à 7 heures et Fabrice, le soigneur de l'aquarium
de l'institut m'accueillait à bord. Il faisait encore nuit et je ne savais pas
encore que c 'était ma première nuit blanche de l'histoire des dauphins des Embiez.
Il restait encore cinq dauphins,  des « bleus et blancs » appelés aussi Stenella, le nom scientifique exact  étant Stenella coeruleoalba. Les sept Stenellas étaient arrivés dans la nuit
du 23 au 24 Septembre. Deux étaient partis le Jeudi 28 Septembre laissant les
cinq autres à leur atypique destin. Pour quelles raisons? Un grand nombre de
questions se posaient et me laissaient perplexe. Les cinq dauphins avaient été
identifiés comme étant des adultes par un vétérinaire spécialisé; c'est en tous
cas ce qu'on me disait en arrivant. Dès mon arrivée sur l'île, je fonçais de suite
au port vers le secteur que les dauphins fréquentaient. Les cinq étaient encore là
nageant côte à côte. La vision paraissait irréelle.
Si ce n'est pas la première fois que j' apercevais un dauphin au milieu d'un port,
la chose était tout de même exceptionnelle: cinq dauphins ensembles, fait déjà
extrêmement rare mais de surcroît des bleus et blancs. A la première vue, les dauphins
semblaient bien solidaires dans leur façon de se déplacer. Par contre, un doute
me venait à l'esprit, ce n' étaient pas des adultes. Ces Stenellas devaient à vue
d'œil mesurer dans les 1,50 mètres. Les derniers dauphins que j'avais rencontrés
étaient ceux de la passe de Tiputah à Rangiroa en Polynésie c' étaient des gros
Tursiops de plus de trois mètres. Ces « bleus et blancs » me paraissaient donc minuscules.
N'avais je plus le compas dans l'oeil?

...........(Histoire complète dans le livre « L’homme qui parlait aux dauphins » en vente sur ce site).

Mercredi 11 Octobre 2000:

Il ne faisait pas très beau mais finalement ce n'était pas le plus important. La seule chose
qui m'importais c'est que la delphine quitte le port le plus tôt possible. Non seulement "Pointe noire"
était encore là solitaire, maigre et affaiblie, mais elle restait la bouche ouverte; elle avait
un hameçon planté dans la bouche. Il ne manquait plus que ça! Les choses n'étaient déjà pas facile.
L'hameçon trident était sérieusement planté bien à l'intérieur de la bouche, elle ne pouvait plus
chasser et avaler de poisson. Elle avait dû se jeter sur un appât attaché à un quai du port.
Cette technique de pêche interdite consiste à laisser plusieurs appâts attachés aux quais accrochés
à un fil d’ environ 1 mètre. J'avais envie de lui dire: "Tu sais j'en ai connu des dauphins galère,
mais toi, t'es vraiment incroyable! Pars loin de nous, t'as rien de bon à espérer en restant avec
notre pauvre espèce. Tu as voulu attraper un poisson dans le port, et voilà le résultat." Patrick et
Yvon de l'Institut Océanographique étaient là car, pur hasard, une équipe de télévision était présentepour la matinée. Ils pouvaient s'occuper ainsi des journalistes de à ma place. Daniel, un plongeur  confirmé était aussi présent. Tout le monde se demandait ce que je comptais faire.
Je leur disais tout simplement qu'il fallait que j'enlève l'hameçon avec les mains avec la collaboration du dauphin. Plus facile à dire qu'à faire! Les scientifiques pensaient la manoeuvre impossible;
la seule solution pour eux était de capturer la delphine et de lui extraire l'hameçon avec des pinces.
Un dauphin sauvage ne se serait jamais laisser faire, alors un Stenella, n'en parlons pas.
La journée d'hier était particulière avec "Pointe noire". Nous étions devenus bons amis; je sais
que je pouvais compter sur sa confiance comme elle pouvait compter sur la mienne. Je descendais
immédiatement sur un petit bateau, l'annexe de "La petite Fanny", pour être le plus prés possible
de l'eau. "Pointe noire" arrivait tout de suite et elle posait sa tête entre mes mains.
Il y avait un fil de plus d'un mètre qui pendait à sa mâchoire. Je pouvais à ce moment là tenter
quelque chose mais je ne me sentais pas prêt; je me disais que si je commettais une erreur,
la confiance serait perdue pour quelques jours. La veille, notre relation s'était enrichie
positivement, nous nous comprenions, j'avais (et elle avait) toute ma confiance.
Je filais chercher ma combinaison et un pack de sardines car je supposais qu'elle était
affamée. Dans cet état, il était impossible pour elle d'attraper le poisson. L'hameçon était
si important qu'elle ne pouvait plus fermer la bouche. Assis sur le rebord de l'annexe, les pieds
dans l'eau, je commençais à siffloter tout doucement comme je le faisais depuis le début de notre
relation. J'enlevais les chaussons de neoprene afin qu'elle puisse sentir la proximité de ma peau,
une sorte de rituel que j'exerce depuis longtemps avec les dauphins "à problème", comme une espèce
de superstition qui m'a toujours porté chance. Je me rendais compte rapidement que les sardines
étaient trop grosses. Je voulais alimenter la delphine car je la sentais affamée et très affaiblie.
Si elle avait ce maudit hameçon depuis le début de la nuit, elle devait être dans un sacré état
de fatigue. Il me fallait alors couper les sardines en deux ou trois morceaux afin de lui faire
passer les aliments par le côté de la bouche. L'hameçon qui était enfoncé sur le devant empêchait
toute absorption de face comme les dauphins en ont l'habitude. Elle avalait les morceaux dans
n'importe quel sens. Le poisson une fois attrapé est habituellement tourné la tête la première
en direction de l'œsophage du dauphin. La forme fusiforme du poisson permet alors un meilleur
passage vers l'estomac. Avec "Pointe noire" j'appliquais mes gestes afin de lui donner les morceaux
dans le bon sens. L'hameçon devait faire mal et il empêchait tous mouvements de mâchoires.
J' étais même obligé de passer mes doigts entre les dents de la delphine afin de caler les petits
morceaux de sardine. Ce pathétique nourrissage s'éternisait. De temps en temps, elle se laissait
toucher ce qui me permettait d'évaluer plus précisément la situation: le dard de l'hameçon était
bien enfoncé, avec une éventuelle extraction, il y aurait forcément une douleur car la gencive
recouvrait bien l'ensemble. Si je devais opérer avec des pinces, j’ aurais arracher forcément pas
mal de viande. Je tentais de lui offrir une sardine entière qu'elle avait un mal fou à avaler:
je voulais comme cela lui faire comprendre que je ne lui couperais pas des petits morceaux
indéfiniment et que la seule solution était que je puisse (nous puissions) extraire ce satané
hameçon. Il était maintenant temps de lui expliquer que j' étais prêt à la soulager de deux
manières différentes. Daniel me passait une paire de pince que je présentais à la delphine.
Je lui montrais le fonctionnement de l'outil tout en la nourrissant. Elle se présentait même
très prés de la pince. A ce moment, je pouvais aisément la saisir et arracher l'hameçon de force;
mais cette option ne me paraissait pas bonne. D'ailleurs je la sentais un peu hésitante.
Elle savait très certainement que je voulais opérer en douceur, j'en étais convaincu.
Il était temps pour moi de démontrer ma détermination, mon calme, mon adresse, bref mon
aptitude à agir. Quand elle approchait prés, je gardais mes mains grandes ouvertes prés de ses yeux,
la partie la plus fragile du corps. Je restais extrêmement calme et déterminé, mes mains ne
tremblaient pas d'un poil. La concentration était totale, je me projetais quinze années auparavant
lorsque je pratiquais l’escalade en solitaire. Il n’y avait aucune tension, tout était calme et
nous savions à ce moment là que nous pouvions réussir. Je n'entendais plus rien, d'autres sens
étaient mis à contribution: je la sentais ou plutôt je la ressentais, il me manque toujours
ce verbe pour expliciter ce qu 'il se passe entre les dauphins et moi même dans de telle situation.
J'avais le fil de crin dans la main, je le laissais glisser sans le retenir; la delphine avait
un peu peur à ce moment là. Il me fallait la rassurer en lui parlant. Je lui faisais comprendre
que je voulais simplement analyser la situation du mieux que possible et que je serais prêt au
moment de son choix. On se "parlait" par "évent interposé"! Mais pour ma part, c'était ma bouche
qui tentait d'imiter les cliquetis du dauphin. Je commençais à me sentir prêt, je lui montrais
un gant que je plaçais à ma main gauche. Elle comprenait ainsi que cette main participera
au travail. Je ne suis pourtant pas gaucher mais je préférais utiliser ma main droite pour
repérer au mieux l'emplacement exact du dard. Elle passait une fois devant le gant, elle avait compris.
Elle faisait alors demi-tour et elle posait son rostre dans la main gauche. Je la soutenais avec la
main droite car elle devait rester absolument la tête hors de l'eau. Je la caressais très rapidement
sur son œil droit, nous savions à ce moment là que la confiance était totale. J' essayais d'extraire
l’hameçon, il était solidement planté. Je tentais de comprendre le plus rapidement possible
le sens et la direction a donné à l'hameçon afin de sortir le dard en arrachant le moins de
gencive possible. Elle tournait alors légèrement la tête pour m'indiquer la meilleure technique.
L'opération durait une dizaine de secondes. Pas facile, car contrairement aux Tursiops l'amplitude
d'ouverture des mâchoires est très faible. Ma main droite était coincée entre les dents pointues
de la delphine qui se laissait incroyablement faire. Enfin j'y arrivais, l'hameçon était sorti,
je l'avais dans ma main droite, "Pointe noire" pouvait repartir tranquillement. Son aileron
dorsal tremblait, elle avait dû avoir la trouille de sa vie, c'était certain. Elle était
certainement la première delphine « bleu et blanc » à s'être approché de l'homme de la sorte.
J' étais très fière d'elle; malgré la situation, elle avait fait preuve d'un courage fantastique.
Elle avait dû beaucoup s'engager. Notre travail avait été parfait. Je n'en revenais pas:
je répétais à Patrick Lelong:" Incroyable, elle s'est laissée faire, un « bleu et blanc »,
c'est pas possible". Pour la remercier de son courage et de sa confiance, j' allais à l'eau
pour lui donner les dernières sardines. Je lui parlais, je la remerciais et même si mon langage
parlé ne voulait pas "dire" grand chose pour elle, je suis sûr qu'elle comprenais. Daniel qui avait
ma caméra et qui avait tout filmé et lui aussi très impressionné. Presque une heure de concentration,
mes nerfs me lâchaient, je fondais complètement, je craquais. L'air de rien, même si j'étais sûr
de mon coup (notre coup), il avait fallut que je contienne pas mal de truc. Nous avions eu ce choix
entre les pinces et mes mains, nous avions préféré la méthode douce, nous étions parfaitement
en accord, en complète harmonie, une “harmonie marine”. ..........
nager avec les dauphins
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